Les logiciels libres.

Philippe Midol-Monnet







1Ce qu'il faut savoir sur les logiciels libres.

1.1Historique.

1.1.1Les débuts.

Éh oui, malgré son jeune âge, la communauté open source a déjà une histoire. Comme l'Histoire avec un grand H, il est nécessaire de la connaître en partie pour comprendre le présent !

Au début était le vide (enfin presque). Les informaticiens codaient dans leur coin. Certains dialoguaient déjà avec le bureau d'à côté et parfois échangeaient des paquets de cartes perforées, mais ça c'est de la préhistoire. On peut dire que le début du logiciel libre remonte à la création des réseaux, notamment les réseaux universitaires aux Etats-Unis.

Bien évidemment, avec les réseaux il ne fallait plus échanger des cartes perforées mais des octets, l'unité de base pour les informaticiens. Pour cela il était nécessaire de posséder des moyens communs pour ces échanges. Ce problème est sans doute un des principaux facteurs déclenchants. Mais comme pour toute bonne création et autres big bang, il fallait un Dieu.

Ce fut l'arrivée de RMS !!

Richard Stallman (RMS)[1] n'a découvert sa qualité que relativement récemment ... mais il en est bien conscient maintenant.

Qu'a-t-il donc fait pour mériter ce titre ?

Dans les années soixante-dix, il échangeait déjà de petits programmes avec ses copains universitaires au Massachusset Institut of Technology (MIT), mais cela ne lui suffisait pas. Déjà l'ombre des fléaux de la balance de la justice se profilait sur l'activité des informaticiens. A qui appartenaient ces logiciels échangés librement ? Pour ne plus dépendre du copyright (Stallman est américain, le copyright n'est pas tout à fait la même chose que notre droit d'auteur), ce penseur inventa le concept de copyleft et le « free software » dont il fit sa bannière. C'était une sorte de déclaration d'indépendance.

Note de l'auteur

Pour les connaisseurs, il faut savoir qu'avant l'invention du copyleft, Stallman avait écrit l'éditeur emacs, ce qui n'est pas rien puisque des millions de personnes continuent d'utiliser son logiciel.

Bon d'accord, mais c'est quoi le « free software » ? Il est temps d'en donner la définition. Tout d'abord comme vous l'aurez remarqué, c'est de l'anglais ! Pour « software », pas de problème de traduction, c'est logiciel, c'est avec le mot « free » que les difficultés commencent. En effet, il a deux traductions possibles : libre ou gratuit. Il n'y a pas d'ambiguïté dans la définition qu'en donne RMS :

Free as in freedom

La traduction devient donc : logiciel libre (LL).

Cette notion de liberté associée à quelque chose d'aussi immatériel qu'un logiciel peut sembler étrange. En fait cette liberté est celle de l'utilisateur.

Voici donc les principes du logiciel libre tel que définis par Stallman :

  1. liberté d'utiliser le logiciel sans restriction ;

  2. liberté de modifier le logiciel selon ses besoins ;

  3. liberté de redistribuer des copies du logiciel gratuitement, ou moyennant finance ;

  4. liberté de distribuer vos modifications pour que les autres utilisateurs (la communauté) puissent en bénéficier.

Plus loin dans cet article j'essaie d'expliquer ce que représentent ces quatre libertés fondamentales du logiciel libre.

En même temps qu'il définissait ces 4 libertés, Stallman se donnait un but : créer un système d'exploitation complet, le projet GNU[2], comprenant un noyau, les outils de base nécessaires comme les compilateurs, les shells, les éditeurs de fichiers, etc. Pour s'en donner les moyens il créait la Free Software Foundation (FSF)[3], cet organisme à but non lucratif lui permettant de donner une existence légale au projet GNU, de gérer les problèmes logistiques, de faire du lobbying, etc.

Cela peut paraître paradoxal, mais l'une des premières créations du mouvement Free Software est la licence GNU General Public License (GPL)[4]. Cette dernière permet de défendre juridiquement les quatre libertés fondamentales.

Les choses sont allées relativement vite puisqu'au début des années quatre-vingt-dix, le système était presque complet, il ne manquait que le noyau. Le plus gros des développements ayant été réalisé par des volontaires.

C'est alors qu'apparu Linux.

1.1.2Linux et la suite.

Comme vous venez de le voir Linux[5] n'est pas le début du mouvement des logiciels libres, mais il en marque une étape importante.

La Finlande n'est pas que le pays du Père Noël, c'est aussi le pays de Linus Torvald. En 1991, Linus Torvald[6], un étudiant finlandais donc, publie les sources d'un avant-projet de noyau de système ressemblant à Unix. Pour cela il utilise largement les outils développés pour le projet GNU. Si le Père Noël se déplace en traîneau tiré par des rennes, pour distribuer ses cadeaux, Linus lui, a utilisé Internet, ce qui est tout de même plus pratique pour contacter un maximum de monde pour partager du code.

Au départ, ce projet était assez artisanal. Pour obtenir un système « qui tourne », il fallait une bonne dose de patience, quelques thermos de café, et de bonnes connaissances en informatique. Mais le mouvement était lancé car, grâce à ce noyau, le système GNU était complet.

Stallman souhaite d'ailleurs que l'on utilise le vocable GNU/Linux et non Linux, pour le désigner.

Avec les contributions de volontaires, le système GNU/Linux a progressé rapidement vers plus de maturité, de stabilité et de facilité d'installation et d'utilisation. Il a ainsi attiré de plus en plus d'adeptes. Il faut tout de même être réaliste, jusqu'à la fin des années quatre-vingt-dix, il n'intéressait qu'une minorité d'informaticiens un peu bizarres, pour qui une nuit passée à tapoter sur un clavier est le summum de la félicité.

Le mouvement ayant de plus en plus de membres, des divergences sont forcément apparues. C'est ainsi qu'est apparu le mouvement « open source ». initié notamment par Eric S. Raymond[7], un gourou du libre qui à créé l'« Open Source Initiative »[8] (OSI). Cette fondation prêche pour plus de flexibilité dans l'application des quatre libertés. Un des points de divergence avec les logiciels libres concerne le droit du développeur de garder un contrôle sur sa création. L'OSI a ainsi rédigé dix critères qui définissent une licence destinée aux logiciels « open source ».

Note de l'auteur

Je recopie ici les dix points, mais je ne ferai pas de commentaire dessus, ni de comparaison par rapport aux quatre libertés :

  1. Rétribution : la licence ne doit pas prévoir de redevance en échange de l’accès au logiciel, mais ne doit pas non plus interdire qu’une redevance puisse-être exigée ;

  2. Accessibilité des sources : la licence doit prévoir la possibilité d’accéder au code source ;

  3. Modifications : doivent être offertes, par la licence, les libertés de modifier et de distribuer les travaux dérivés en vertu des mêmes conditions que le permis du logiciel initial ;

  4. Paternité : la licence, tout en encourageant les modifications et donc l’évolution des programmes, doit garantir la paternité de l’auteur, pour cela, elle peut prévoir que les modifications du logiciel ne pourront être distribuées que sous la forme de patch files (fichiers correctifs). Par ailleurs, la licence doit expressément permettre la distribution du logiciel combiné provenant du code source modifié, enfin, la licence peut requérir que les travaux dérivés portent des noms ou des numéros de versions distincts du logiciel original ;

  5. Neutralité : la licence ne doit pas permettre de discrimination contre des personnes, des groupes ou contre certains secteurs d’activités (notamment commerciaux) ;

  6. Pas de contraintes de distribution : la distribution du logiciel ne doit pas être soumise à des exigences supplémentaires tel qu’un accord de non-révélation ;

  7. Pas de contraintes d'utilisation : l’autorisation ne doit pas être limitée à un usage particulier ;

  8. Portée : il n’est pas nécessaire que les logiciels qui accompagnent celui soumis à la licence soient également open source ;

  9. Impact : la licence ne doit pas imposer de restrictions à d'autres logiciels distribués avec le programme ;

  10. Neutralité technologique : la licence ne doit se fonder sur l'emploi d'une technologie ou d'une interface particulière.

Ce schisme du mouvement des logiciels libres continue actuellement de susciter de belles polémiques. On peut noter deux choses :

1.1.3Actuellement.

Et maintenant où en sommes nous ?

Les gourous sont devenus des légendes vivantes et parfois les plus jeunes ne les connaissent même pas. Mais ce n'est pas forcément le plus important.

On peut considérer que les logiciels libres sont arrivés à un stade plus mature. Ils sont intégrés au paysage informatique de plusieurs façons :

Il faut aussi noter la présence de nombreuses associations de promotion des logiciels libres. Partout en France vous trouverez des Linux User Group (LUG) agissant localement. Au niveau national existent deux associations l'APRIL[9] et l'AFUL[10]. Les actions des ces associations ne se limitent pas seulement à faire connaître GNU/Linux, mais aussi à lutter contre les lois françaises et européennes pouvant menacer à terme l'existence des logiciels libres, tels que le projet de loi sur les brevets logiciels ou la LEN (Loi sur la Confiance dans l'Economie Numérique).

1.2Les quatre libertés.

Il me semble nécessaire de commenter les quatre libertés associées par Stallman au logiciel.

1.2.1La liberté d'utiliser le logiciel sans restriction.

Il peut vous sembler normal que quelque soit le logiciel, vous puissiez l'utiliser comme vous l'entendez. Mais ce n'est pas le cas. En règle générale, les logiciels sont soumis à une licence, ou plutôt, vous êtes soumis à cette licence. Avez-vous bien lu les licences que vous avez acceptées lorsque vous avez installé le dernier logiciel à la mode sur votre ordinateur ? Vous pourriez être surpris. Certaines licences de Microsoft interdisent à l'utilisateur de dire du mal de Microsoft avec le logiciel associé.

La liberté d'utiliser le logiciel sans restriction est en fait une liberté individuelle de base de l'utilisateur.

1.2.2La liberté de modifier le logiciel selon ses besoins.

Ce point nous amène à la définition d' « open source ». L'élément important d'un logiciel est son code source. Dans la pratique, pour que cette liberté puisse être respectée, il est nécessaire de fournir le code source du logiciel. C'est donc de là que vient l'expression « open source ».

Note de l'auteur

Si vous ne savez pas ce qu'est le code source , voici une petite explication :

Un logiciel que vous exécutez sur votre PC n'est en fait qu'un suite d'octets compréhensibles facilement par un ordinateur, mais pas par un humain, ni même par un informaticien, le cas de ceux qui y arrivent dépendant plus de la psychiatrie que de l'informatique.

Les logiciels sont créés à partir d'un langage de programmation, c'est ce que l'on appelle le code source. Ce code source, après avoir été rédigé par des informaticiens, sera transformé, par un outil appelé compilateur, dans la suite d'octets dont je vous parlais plus haut. Ce qui est donc important pour un logiciel c'est le code source, c'est lui qui contient la substantifique moelle d'un programme.

Il faut noter que la distribution systématique du code n'est pas obligatoire, mais par contre, il est nécessaire de fournir un moyen simple et gratuit pour l'obtenir.

1.2.3La liberté de redistribuer des copies du logiciel.

Cette liberté est semble-t-il la plus simple à comprendre. Vous pouvez donner le logiciel à qui vous voulez sans aucune restriction. Ce n'est bien évidement pas le cas des logiciels dit propriétaires, qui vous interdisent la copie et la redistribution.

Cela peut sembler étonnant, mais il faut aussi savoir qu'il est possible de « vendre » des copies d'un logiciel libre. Comme dans une distribution gratuite le logiciel doit obligatoirement être accompagné du code source ou d'un moyen d'y accéder. Il n'y a rien d'étonnant à cela, ce qui est vendu c'est le travail réalisé autour du logiciel distribué, les frais liés à la duplication, le support technique associé.

1.2.4La liberté de distribuer vos modifications.

Cette liberté nous parle des autres utilisateurs et, plus haut, j'ai choisi volontairement le terme de communauté. Cela me permet donc d'arriver à la « communauté open source » qui était le sujet d'un article sur le site des anciens élèves et qui m'a amené à écrire ce texte.

Le droit de redistribuer devrait plutôt se voir comme un devoir civique, puisqu'il n'est pas obligatoire. Personne ne peut vous empêcher de faire profiter le reste de l'humanité de votre travail. Ce point est intéressant car il pousse à la concurrence entre les développeurs. Ainsi seuls les utilisateurs, en choisissant les logiciels qui leur conviennent le mieux, décident de qui a fait le meilleur travail. C'est une forme de sélection naturelle appliquée aux logiciels.

1.3Ce que ne sont pas les logiciels libres.

Maintenant que je vous ai présenté ce qu'est le logiciel libre, je vais vous parler de ce qu'il n'est pas.

1.3.1Ce n'est pas un logiciel propriétaire.

Un logiciel propriétaire est tout le contraire d'un LL. Il n'est pas possible d'avoir accès au code, il est soumis à une licence en générale très restrictive, vous interdisant de le redistribuer et/ou de le recopier. De plus vous n'avez pas accès aux formats des données et aux protocoles de communications utilisés.

1.3.2Ce n'est pas un freeware.

Un freeware est un logiciel pour lequel aucune charge n'est demandé à l'utilisation. Il est donc gratuit. Mais cela ne veut pas dire que vous avez accès au code et aux technologies employées. Bien souvent seul le binaire est disponible, le niveau de confiance de ces logiciels est donc très faible.

1.3.3Ce n'est pas un shareware.

Un shareware est un mélange de logiciel propriétaire et de freeware. Vous pouvez utiliser gratuitement une version limitée du logiciel et il est nécessaire de payer pour obtenir la version complète. Dans certain cas vous avez directement la version complète et vous payez si le coeur vous en dit. Mais là non plus le code n'est pas disponible.

1.3.4Ce n'est pas un logiciel « open source ».

Un logiciel open source n'est pas forcément un logiciel libre, la relation entre les deux n'est pas bijective. Certaines licences de l'OSI (voir la définition plus haut) sont assez restrictives et ne se conforment plus aux quatre libertés des logiciels libres. Mais il est vrai que la plupart des licences de l'OSI correspondent à des logiciels libres.

1.3.5Ce n'est pas un logiciel du domaine public.

Un logiciel du domaine public est complètement libre de droits, son auteur ayant renoncé à tous ses droits ce qui n'est pas le cas d'un logiciel libre qui est soumis à une licence. Bien évidemment vous pouvez faire ce que vous voulez d'un logiciel du domaine public, vu par l'utilisateur, il n'y a donc pas beaucoup de différence.

Un de mes relecteurs m'a fait aussi remarquer qu'un logiciel tombe dans le domaine public lorsque son auteur est mort depuis plus de soixante dix ans. Malgré l'âge canonique de certains informaticiens, très peu de logiciels ont été écrit il y a plus de soixante dix ans, ce qui rend ce cas de figure peu probable pour encore quelques années.

2L'intérêt des logiciels libres en entreprise.

Cet article s'adresse d'abord à des ingénieurs, il n'aurait donc pas réellement de sens si je ne vous présentait pas l'intérêt de l'utilisation des logiciels libres en entreprise.

2.1Faire des économies ?

Il y a quelque temps, j'aurais mis cet avantage supposé en premier pour mieux lui tordre le cou !

En effet, la plupart du temps les logiciels libres étaient utilisés pour constituer l'infrastructure informatique d'une société, notamment le réseau. C'est à dire les services de bas niveau que les utilisateurs ne soupçonnent pratiquement pas et ce que l'on appelle le middleware. Dans ce cas, le coût est surtout dû au cerveau humain. En effet les experts et autres consultants sont nécessaires quelque soit le type de logiciel utilisé (libre ou propriétaire). Par contre, les logiciels libres étaient très peu présents dans le domaine du poste client, c'est à dire le PC que vous utilisez tous les jours. Or dans ce cas, le coût des licences est relativement important. Les logiciels libres n'induisaient donc pas beaucoup d'économies.

Mais maintenant cette position doit être nuancée.

Jusqu'à présent les logiciels libres ne couvraient pas complètement la gamme de services demandés par une grande administration, mais ce n'est plus le cas actuellement. Il est donc possible d'envisager une solution complète à base de logiciels libres, ce qui intéresse beaucoup les grands comptes du public.

Récemment la mairie de Paris a souhaité renouveler son parc informatique et notamment les postes utilisateurs. Étant donné le nombre de machines à équiper en licence, leur coût n'est pas négligeable. Sensibilisé aux logiciels libres, la mairie de Paris envisage l'utilisation de solutions n'utilisant que des LL. La réponse de Microsoft ne s'est pas fait attendre très longtemps, puisque la société américaine n'a pas hésité à proposer un rabais de 60 %[11].

Microsoft a donc enfin un concurrent ... et les prix baissent.

Renseignez vous sur le coût des licences dans votre entreprise ...

Il y a donc de réelles possibilités de faire des économies avec les logiciels libres, mais ne rêvez pas trop, il y aura toujours des coûts d'ingénierie importants pour mettre en place, faire évoluer ou maintenir une installation informatique. Nous (les informaticiens) n'allons pas tuer le métier ...

Sur le sujet je vous conseille de chercher des informations sur le Net à propos du TCO (Total Cost of Ownership). Vous trouverez certainement des études contradictoires sur le sujet, certaines montrent que les logiciels libres reviennent moins cher, d'autres prouvent le contraire.

2.2Le respect des standards.

Bien évidemment, pour un non-initié, les standards sont des choses qui vont de soit. Un boulon de huit sera toujours un boulon de huit quelque soit sa provenance. En informatique c'est moins sûr.

Les standards interviennent à tous les niveaux. Notamment dans le domaine des réseaux et de la communication, mais aussi des formats de fichiers.

Comment faire communiquer deux ordinateurs s'ils n'utilisent pas les mêmes « langages » ? Comment afficher la même page web sur deux machines différentes ?

Pour cela, il faut mettre en place des standards répondant aux demandes des utilisateurs, et les respecter. Mais il faut surtout que ces standards soient libres. J'emploie ici le terme « libre » dans le même sens que pour les logiciels c'est à dire que tout le monde puisse les utiliser et ait accès aux informations techniques nécessaires.

Si une société possède un monopole, elle peut bien évidemment imposer ses propres normes propriétaires comme des standards. Si elle publie les informations techniques les concernant le standard devient « ouvert ».

Malheureusement, aucune société possédant un monopole n'a intérêt à le faire, si ce n'est pour éviter des procès.

Les logiciels libres ont deux avantages :

En effet, il est plus facile d'écrire un logiciel en se basant sur des documents publiés largement sur le Net qu'en réinventant l'eau tiède.

L'accès au code source vous garantit ce respect des standards. Il suffit à un informaticien un peu dégourdi d'ouvrir quelques fichiers de code pour le vérifier.

Mais quel est l'intérêt du respect des standards ? C'est ici que l'on peut assener un terme à la mode : l'interopérabilité. Ce vocable barbare désigne la capacité des logiciels à fonctionner ensemble et à interagir. Il n'y a aucun doute sur le sujet, les LL de par leur ouverture et leur respect des standards, facilitent le développement de logiciel interopérable.



2.3La pérennité.

Vous êtes-vous déjà demandé s'il vous était possible de réutiliser les fichiers de données que vous aviez créés il y a dix ans ou plus alors que vous étiez encore jeune, beau/belle en pleine possession de vos moyens intellectuels ?

Vous êtes-vous déjà demandé, pourquoi il fallait faire évoluer le système qui fonctionnait très bien depuis plusieurs années et ne nécessitait jamais aucune intervention si ce n'est le jour où la femme de ménage l'avait débranché pour son aspirateur ?

La réponse à ces problèmes est donnée par les logiciels libres.

Dans le premier cas, si vous avez un LL pour traiter et manipuler vos données, vous avez, au pire, le code source à votre disposition, qu'il vous suffira de recompiler pour réutiliser vos données. De plus comme le format des fichiers est connu, il est possible de créer un petit logiciel pour les relire, si les logiciels de traitement n'ont pas simplement gardé la capacité à les ouvrir ou les importer.

Dans le deuxième cas, la société qui a mis en place le système, vous conseille de l'« upgrader », sinon elle n'assurera plus la maintenance. Dans le cas des systèmes libres, vous avez réellement le choix. Vous continuerez à trouver des informations, le code, etc. à propos de votre système.

La publication du code d'un système informatique garantit en grande partie sa pérennité.

Un autre sujet d'inquiétude est le suivant : la pérennité d'un logiciel est lié à la pérennité de l'entreprise qui l'édite. Quand j'ai commencé à oeuvrer dans le monde de l'informatique, jamais je n'aurais cru que IBM allait passer au bord du gouffre et que Digital Equipment (DEC) allait carrément disparaître. Et pourtant, toute société éditrice de logiciel est susceptible d'être rachetée par des concurrents et de voir ses lignes de produits carrément abandonnées. Certes, les « racheteurs » ne laisseront pas tomber les anciens clients, mais il faudra encore une fois payer pour faire évoluer les logiciels.

Pour pouvoir faire face à une telle disparition, certains conseillers juridiques conseillent à leurs clients d'exiger le dépôt des codes sources chez un tiers de confiance. Ceci permet de ne pas dépendre de la pérennité à long terme de l'entreprise éditrice, jamais assurée comme on vient de le voir. Dans le cas des logiciels libres, cette précaution est évidemment inutile.

J'ai évoqué un peu plus haut dans le premier exemple, la possibilité de relire vos données. C'est un point important, avec les LL, il n'y a pas que les logiciels qui soient libres : le format de vos données aussi. Les spécifications des formats utilisés étant disponibles, vous serez toujours capable de réutiliser vos fichiers. Pour une entreprise, c'est un point fondamental pour sa survie lorsqu'il s'agit d'informations stratégiques.

2.4La sécurité.

La sécurité est un vaste sujet ! Je ne le maîtrise pas assez pour faire un cours dessus. Je sais juste qu'il faut être humble devant le problème, il y a toujours des gens plus malins que vous.

Il y a deux approches radicalement opposées.

Certains disent que pour assurer la sécurité d'un système il ne faut rien dire et tout cacher. Si personne ne sait rien, il est plus difficile d'attaquer un système. C'est le cas de Microsoft, c'est peut être pour cela qu'il n'y a jamais d'attaque ni aucun virus sur les systèmes Windows.

Pour d'autres, les problèmes de sécurité viennent avant tout de la qualité du code, des bugs présents, mais aussi du fait qu'un programmeur ne peut pas penser à tout. Pour résoudre ce problème la meilleure solution semble être la relecture par les pairs. Elle amène un niveau de confiance supplémentaire au logiciel. Les logiciels libres de par la publication de leur code sont très bien placés dans ce domaine. Les bugs, vulnérabilités etc.. étant plus vite détectés les risques sont moindres. Bien sûr, les détracteurs de ce mécanisme mettent en avant que parmi les gens qui relisent le code pour en trouver les failles il n'y a pas que des « gentils » : les « méchants » aussi peuvent l'étudier. Il n'y a pas de réponse à apporter, si ce n'est que l'expérience tend à montrer que ça marche pas mal. Peut-être y-a-t il plus de « gentils » que de « méchants » ?

La qualité des logiciels libres liés à la sécurité informatique n'est plus à prouver et de nombreux industriels les ont adoptés dans leurs matériels.

2.5Le choix.

Le moins que l'on puisse dire c'est que les logiciels libres offrent un vaste choix dans tous les domaines. Il suffit d'aller voir sur les sites de freshmeat[12] et sourceforge[13] pour s'en convaincre. Vous y trouverez une quantité impressionnante de projets libres.

Ce choix s'explique par le mode de développement. Toute personne (en général un développeur) se trouvant confrontée à un problème informatique peut essayer de le résoudre avec un programme. Si ce développeur publie son travail sous forme de logiciel libre, d'autres personnes confrontées au même problème pourront l'utiliser et le compléter. Il est aussi possible que plusieurs solutions soient proposées, dans ce cas ce sont les meilleures qui « survivent », ou qui fusionnent pour se compléter efficacement.

Il y a donc de fortes probabilités pour que le problème auquel vous êtes confronté ait déjà été rencontré par quelqu'un et que cette personne ait développé une solution sous forme de logiciel libre.

Ce large choix peut parfois devenir une difficulté. En effet, comment choisir entre les multiples projets disponibles ? Pour cela, il convient d'évaluer la qualité, la réactivité, la vitesse d'évolution du projet.

3Le futur.

Les logiciels libres ont beaucoup évolué depuis leur naissance. De l'artisanat avec quelques développeurs passionnés, ils sont passés au stade industriel avec des investissements massifs de grosses sociétés comme IBM. Ils ont ainsi acquis droit de cité dans l'industrie informatique.

Ils ont aussi largement contribué à faire évoluer les technologies notamment dans le domaine Internet. Ce n'est donc pas un simple effet de mode.

Cependant certains dangers menacent encore les Logiciels Libres. En effet, plusieurs projets de loi comme les brevets logiciels[14], peuvent purement et simplement empêcher l'écriture de LL. Il ne s'agit donc plus d'écrire des logiciels, de les publier, mais aussi de défendre cette liberté auprès des politiques, etc. Il reste donc des batailles à mener.

Mais les logiciels libres ont déjà gagné de nombreux combats :

Ce qui me semble important, c'est que l'idéal de partage des connaissances et du savoir faire qui est à l'origine du mouvement perdure et évolue. Les logiciels libres, de par leur définition, garantissent le partage et l'accès libre aux informations et donc une part de nos libertés individuelles.

[1]Le site personnel de RMS: http://www.stallman.org/

[2]Le projet GNU: http://www.gnu.org/

[3]FSF: http://www.fsf.org/

[4]Version anglaise de la GPL: http://www.gnu.org/licenses/gpl.html

et la traduction française: http://www.april.org/gnu/gpl_french2.html

[5]Linux: http://www.kernel.org/

[6]Petite biographie de Linus Torvald: http://www.scandinavica.com/culture/famous/linus.htm

[7]Auteur notamment de « La cathédrale et le bazar »: http://www.linux-france.org/article/these/cathedrale-bazar/cathedrale-bazar.html

[8]Le site de l'OSI: http://www.opensource.org/

[9]APRIL: http://www.april.org

[10]AFUL: http://www.aful.org

[11]l'article: http://linuxfr.org/2004/06/28/16667.html

[12]le site: http://freshmeat.net/

[13]le site: http://sourceforge.net/

[14]Les brevets logiciels sont en fait des brevets sur les idées, vous trouverez plus d'informations sur http://www.fiii.org/

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